Préparer un cadre de base

«Tout modèle économique qui n’aborde pas correctement les problèmes d’inégalité fera éventuellement face à une crise de légitimité» Nouriel Roubini, economistei

Ce rapport commence avec un aperçu de l’état actuel de la Communauté de l’Afrique de l’Est dans ses dimensions humaine, économique et politique, suivi d’une exploration plus approfondie de la question de l’inégalité, en faisant valoir que les citoyens de l’Afrique de l’Est connaissent des circonstances très différentes de la vie du point de vue production et partage de la richesse de la région et ses bénéfices. En plaçant un point d’interrogation à la fin de la devise de la Communauté de l’Afrique de l’Est, il remet en question l’idée même que la CAE est vraiment «un
peuple, un destin». A quoi ressemblerait cet avenir?

Cette section est destinée à provoquer l’imagination en prenant cette exploration de l’avenir de la région pour examiner trois scénarios plausibles, tous les trois ancrés sur l’inégalité. Deux forces motrices fondamentales influencées par la politique façonnent l’avenir de l’inclusivité et de l’équité en Afrique de l’Est. L’une est l’inclusivité de la croissance – une mesure du taux de participation des Africains de l’Est les plus défavorisés à la croissance économique. Le continuum va d’un faible niveau d’intégration dans lequel les pauvres sont en marge du processus de croissance à un haut degré d’inclusivité dans lequel ils participent beaucoup pleinement à la création de la richesse économique.

La deuxième force motrice est le degré d’équité qui décrit comment les bénéfices de la croissance économique sont partagés entre les citoyens de la région, et en particulier la part des revenus et des richesses qui revient aux membres les plus pauvres de la société. A un extrême de faibles
niveaux d’équité, les plus pauvres reçoivent une infime fraction du revenu – un tiers ou moins de leur proportion de la population tandis que les 10 pour cent les plus riches obtiennent une grande part du revenu de façon disproportionnée, trois à quatre fois leur proportion de la population. À l’autre extrémité du spectre, une distribution plus équitable des revenus verrait les plus pauvres bénéficiant d’une part du revenu qui soit équivalente au moins à la moitié de leur proportion de la population.

Les Perspectives sur l’Inégalité en Afrique de l’Est

inequalities

Le schéma montre l’interaction entre ces deux forces motrices et localise trois perspectives possibles pour l’inclusivité et l’équité en Afrique de l’Est. En commençant par le quadrant inférieur à gauche, La perspective de Gagnant Rafle Tout décrit un avenir dans lequel les plus pauvres sont exclus de la participation dans le processus de croissance de l’Afrique de l’Est. Dans une économie basée sur l’extraction et l’exportation de pétrole, de gaz, des métaux précieux et des produits agricoles non transformés, ils ont peu débouchés.

En outre, non seulement la richesse matérielle et financière de la région est concentrée entre quelques riches, mais la disparité s’élargit considérablement au fil du temps comme les pauvres obtiennent une part réduite du revenu en pleine expansion. En conséquence, la majorité des
Africains de l’Est vivent dans des conditions de privation et de désespoir, tandis que quelques privilégiés jouissent d’un style de vie somptueux mais rempli de peur.

La perspective de Corruption Sociale décrit un avenir possible dans lequel beaucoup sont promis améliorer leur bien-être. Il s’agit de l’illusion d’une prospérité personnelle croissante, basée sur l’expansion de la consommation des commodités modernes alimentée par la dette. La participation des gens dans l’économie est récompensée avec des salaires qui sont supprimés juste assez pour protéger les marges bénéficiaires, mais pas assez pour anéantir leur pouvoir d’achat. Les pauvres consomment un peu plus, mais ne rattrapent jamais leurs compatriotes les plus riches. En effet, l’écart de richesse s’élargit insensiblement et inexorablement.

La perspective de Transformation souligne un avenir dans lequel la stratégie économique sousjacente de la région change son orientation extérieure suite à une manifestation dirigée par des jeunes qui étouffent l’économie régionale à ses points les plus vulnérables. La résolution de la crise
tourne la politique économique vers l’intérieur pour alimenter la demande intérieure, soutenir un écosystème de chaînes de valeur locales afin de répondre à la demande croissante et améliorer les compétences des Africains de l’Est ordinaires. À sa base réside un effort délibéré pour s’attaquer directement de front à l’inégalité, et ceci est dirigé par un leadership est-africain reconçu et revitalisé.

Le quatrième quadrant est peu probable. Il est hautement improbable que l’avenir de la région va provenir de l’absence d’inclusivité lors de la production de la richesse économique avec un haut degré d’équité dans la répartition de n’importe quelle richesse créée. Une telle combinaison impliquerait que l’économie ait été écrasée en raison de l’absence des contributions des 40 pour cent les plus pauvres – une répartition équitable de la misère – ou que ce serait une forme extrême d’une économie humanitaire où toute croissance économique et création de richesse est produite par la tranche de 10 pour cent,  qui vont ensuite transférer la quasi-totalité de celle-ci aux quarante pour cent les plus pauvres.